De l’homme et de l’animal


Il y’a la chose, il y’a la plante, l’animal, l’homme, puis l’idée, quintessence de l’abstraction de ce qui existe. Dans son cheminement, l’homme conscient et soucieuxd’améliorer sa personne  est tiraillé entre sa version princeps, l’animal duquel il ne saurait s’affranchir complètement, et son aspiration vers cette liberté diaphane qui déferait tous ses liens souillés par leur terrestre et le rendrait à lui-même : esprit pur que seule guide une raison éclairée, logique et désormais innocente des exigences de la chair et du cœur. Cependant, on a beau fuir, notre humanité nous rattrape toujours. La liberté, la vraie, ce serait de pouvoir choisir ses liens, ayant atteint le paroxysme de la conscience du soi et de son environnement, le plus lucidement qu’il est humainement possible. Sauf que le corps,  – comme le rappelait Albert Camus dans ‘‘ Le mythe de Sisyphe’’, par ceci qu’il la précède dans la création, garde  cette avance inexorable sur la raison et que de facto elle est condamnée à se satisfaire à son encontre de petites victoires.  De fortes volontés gagneront de petites batailles, mais elles sont sûres de perdre la guerre ultime. Dans cette fatalité, moult personnes cèdent : la chaîne se rompt, et la bête est libre. Son évasion n’a de limites que sa propre perversion sinon, encore, la peur du corps face au châtiment imputable par la législation. Certes, c’est la raison qui la retient, déjà aux confins des normes sociales, mais c’est déjà être quasi-libre que d’avoir une laisse trop longue. Ajoutez-y  l’oisiveté environnante, une once de procrastination- mal du siècle-, la régression du spirituel par la sublimation de l’individu et le souci de ce dernier de profiter au maximum de son existence terrestre, communément connu par le Carpe Diem épicurien, et voilà l’homme moderne. L’appât de la chair, la satisfaction de désirs toujours nouveaux et plus exotiques deviennent des impératifs pour nourrir l’illusion d’avoir réussi sa vie et d’atteindre le bonheur une fois assouvis. Par essence, cette débauche n’a pas de méfaits, du moins dans l’immédiat : elle procure une jouissance provisoire, qui s’éteint certes dans la répétition et pousse vers le nouveau et donc peut être le pervers, mais qui console un moment de la mélancolie, de la routine céans. — Entendons bien que le pervers ne se conçoit que relativement à une norme, qui est l’œuvre de l’homme et qui subit de facto les aléas de ce dernier : elle change dans le temps et dans l’espace. Il n’existe pas de prédisposition inhérente à la création qui incite l’homme à suivre un  code comportemental défini, sinon son penchant vers le bien, et celui-ci est trop vague pour faire office de loi.–  Or, sur l’échéance d’une vie, et Balzac dédiait même un roman – La peau de chagrin- à asseoir cette idée, trop de concupiscence détruit le corps, trop prématurément pour que cela vaille la chandelle. Livré à lui-même, il se consume vite comme l’enfant détruit ses dents à trop s’empiffrer de friandises. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Ses joies ne durent pas assez pour consoler l’indigence de ses vieux jours du ravage qu’aura fait son jeune âge.

Il y’a quelques mois, j’avais publié, ici, un article traitant des méfaits d’une lecture aveugle et mal éclairée. Dernièrement, je retrouvais les traces de celle-ci dans ma considération du monde et de ses choses, de l’homme en l’occurrence. En effet, l’année dernière, j’avais lu un livre : ‘‘ le loup des steppes ’’ de l’écrivain allemand Hermann Hesse. A travers une sorte de voyage initiatique qui lui fera découvrir, lui qui  de sa vie a déjà entamé la pente, des aspects insoupçonnés de sa personnalité, Hesse réfute cette thèse de la dualité animal/homme chez l’être humain et la présente comme affreusement réductrice. Il prêche ainsi la possibilité de s’inventer des identités multiples, malléables selon le désir et la force de la volonté.
En principe, ceci est vrai, du moment que personne n’a pas encore accès aux sanctuaires que sont nos cerveaux et que nous ne sommes pas encore des humanoïdes téléguidés, du moins physiquement et nonobstant l’atmosphère endoctrinante ambiante : nos choix nous appartiennent encore, du moins en apparence.
Seulement, son hypothèse est prisonnière de son contexte, de sa personne. Changer présuppose de croire que le changement est possible, qu’il vous soit révélé que quelque chose d’autre existe. Dans plusieurs communautés, dont l’existence est fortement corrélée avec les indices d’analphabétisme et les taux d’éducation des populations, l’horizon est proche, il vous donne à peine un espace vital de respiration : on a beau le repousser, il rebondit et revient vers vous. Il en découle une sorte de déterminisme quant aux personnalités que façonnent les environnements dans un même moule. Je ne le dirai jamais assez, la précarité sociale, l’absence d’une éducation adéquate laissent très peu de marge pour un effort cognitif dont les résultats se répercuteraient sur les comportements. Tout est figé, tout est déterminé, tout est fatal.

Pour clore, disons que la configuration homme/animal est la configuration d’usine, que beaucoup gardent à vie, faute d’avoir les licences des logiciels à même de l’améliorer et parfois même de savoir jusqu’à leur existence.

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