Le débat au Maroc, enfin


Il est dit que le fondateur de la civilisation, c’est ce premier homme qui, au lieu d’une pierre, jeta une insulte à son prochain. S’il commenta la taille d’un organe ou ne fit que grommeler un cri d’animal, c’est encore sujet à débat. La citation (paraphrasée ici) étant attribuée à Freud, la première hypothèse serait bien plausible. Passons. Nous avons de moins en moins de cailloux dans les rues (assez quand même), et de toute façon nous levons rarement nos yeux de nos écrans pour interagir avec le monde, là devant nous.  Du coup nous nous insultons pour résoudre les litiges. Bienvenue, civilisation, tu nous as manqués.  Je souligne le nous parce que, depuis belle lurette, nous avons pris l’habitude des dialogues de clans, de corpuscules épars, des individus. C’est la première fois que nous débattons tous, réunis à la même table, forts d’une information de plus en plus démocratisée, égaux parce que virtualisés, ou presque, puisqu’il y’a désormais des ‘‘influenceurs’’. Si l’éthique du débat est respectée ou non, ceci est un autre stade à franchir, qu’on ne saurait rigoureusement exiger d’un peuple qui bégaye encore ses premiers mots. La friction, contrôlée par la loi, servira à polir les extrêmes, à empêcher que les étincelles n’engendrent le feu. Nous en venons toujours aux mains, à maintes reprises, mais de moins en moins. Le gros de la rage est exorcisé sur la toile, qui devient une soupape qui distille le trop plein de pression et de frustration dans les âmes.

On peut inventorier, imaginer à Facebook, Twitter et Co tous les maux possibles, mais on ne saurait leur renier ceci : ils nous ont réunis, nous ont donné une voix, un pouvoir que l’information officialisée et les médias corrompus nous avait subtilisés. C’est que, avouons-nous le, hormis les quelques habitants de la « qobba »,  très peu de marocains croient en l’efficacité des urnes pour induire un quelconque changement dans leurs vies. Ce n’est pas très encourageant quand on en est réduit à devoir choisir entre trois calamités la moindre. Le mérite de ces plateformes virtuelles sociales, c’est qu’elles abolissent le divide ut regne qui faisait les beaux jours des malfaisants de tous azimuts. Elles ré-instituent l’idéal d’une démocratie chimérisée, picturalisée. Le parler ensemble favorise l’agir ensemble, tous mués par une cause commune à laquelle l’accès démocratisé à l’information rallie des voix qui ne se seraient pas faites entendre jadis. On ne peut plus, de par le monde, forcer le silence ou le ‘‘kari7enkouisme’’ par la coercition manu-militariste et/ou financière, car la toile échappe ou presque à un contrôle rigoureux. On peut corriger, souvent trop tard, mais on ne peut pas prévenir, du moins au premier degré.

Ceci dit, sans une éducation améliorée, intrinsèquement inspiratrice et non rigidement copiée, qui soit invention et non endoctrinement, nous en resterons au statu quo. Le dialogue de sourds continuera, entre une ‘‘élite’’ un tant soit peu éduquée, tournée vers l’extérieur et qui y voit l’unique modèle à suivre, par moments trop encline à mimer, quitte à s’aliéner ; et une ‘‘plèbe’’ conservatrice qui, dépourvue d’une éducation adéquate, rechigne à adhérer à tout changement qui mette en question des convictions durement pilonnées, ancrées dans les esprits. Or le vivre ensemble passe par la dure tâche d’écimer les extrémismes de tous genres, accepter la diversité des avis, des orientations, ne se sentir pas menacé par l’existence de l’autre, faire un pas vers lui, et lui reconnaître le droit à son opinion quoique la différence de ses penchants. Il faut de tout pour faire un monde, et ce serait dangereux que l’on ait tous les mêmes convictions. Les stigmates que j’ai apposés, délibérément, à ces deux antipodes de la société marocaine, sont au cœur de l’impuissance que nous avons à démarrer, quoique leur véracité dans certaines occurrences : nous garantissons la pérennité du statu quo en nous mettant des bâtons dans les roues. Percevoir le monde selon des prismes préétablis tue dans l’œuf toute possibilité d’échange, c’est une grosse perte d’énergie et de temps. A quoi bon mener un débat si l’on va figer son interlocuteur dans un moule que nous lui avons façonné a priori et dont il ne saurait s’extraire. Le regard que nous portons sur l’autre est plus le miroir des abysses de nos âmes que de son récipient. On est de facto dans le tort dès qu’on s’évertue à généraliser. Tous les modernistes ne sont pas en ‘‘guerre damnée’’. Tous les conservateurs ne veulent pas instaurer un califat bagdadien.

 

Débattons donc, encore et encore, avec le souci de trouver le vrai plus que de triompher, écoutons avant de songer à répondre, ne jugeons pas, et peut être que nous aboutirons. laissons du temps au temps, a quelque chose essayer est utile.

 

 

 

 

 

 

 

 

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